El Jazaïr Ombres et Lumières, une dualité d’expression particulière autour de la ville d’Alger

123.jpg

Par Ibtissem NOUAR

L’exposition El Jazair Ombres et lumières, l’une des exhibitions photographiques les plus imposantes du courant de l’année 2017, réunissant deux femmes photographes, Chafia Loudijici et Allmuth Bourenane, qui ont exhibé leurs séries photographiques de 20 tableaux chacune, dans lesquelles elles ont adopté une de leurs techniques, le contraste Ombre et Lumière, un élément fort dans leurs clichés.
Dans cette dualité d’expression, l’une (Allmuth Bourenane) témoigne de son émotion face à l’œuvre de l’architecte, avec des photographies de bâtiments monumentalisés, dépouillés de leur contexte d’usage ou social et de tout détail, l’autre (Chafia Loudjici), traite le style architectural mauresque et néo-mauresque , avec essentiellement des photographies de la Casbah, la plus belle citadelle du monde, comme la surnomme la photographe, sa sérénité et sa pudeur, sont figées, avec une source de clarté minimale, avec ses ombres, offrant ainsi un jeu de lumière très poétique.

« El Jazaïr Ombres et Lumières » est un nom qui leur est venu à l’esprit lors d’une de leurs nombreuses promenades photographiques, c’était un après-midi, et en marchant dans les rues d’Alger, les deux artistes discutaient de la lumière unique d’Alger et de son architecture. Etant déjà en préparation d’une exposition collective, elles décidèrent de marier leurs collections autour de l’architecture d’Alger, des collections dans lesquelles le contraste ombre et lumière contient une valeur esthétique importante, et montrer ainsi autant l’obscur que le lumineux.

20375900_10213821225665245_4963782999302925564_n

Chafia Loudjici, artiste peintre et photographe, vit et travaille à Alger. Elle est tombée sur la photo, cette façon de produire des images, quand elle était très jeune, elle avait un petit compact, et faisait des photos juste pour le plaisir, rien de très élaboré. A cette époque elle regardait beaucoup les documentaires sur les photographes de National Géographique et Ushuaia TV, elle aimait ce qu’ils faisaient et ça l’inspirait énormément, elle s’est donc vu faire ça, exercer dans ce domaine, et ce qui au départ n’était qu’un rêve allait devenir réalité. elle décide de se lancer, de se procurer un appareil, et commencer la photographie d’une manière plus sérieuse, plus assidue. A la recherche d’appareils photographiques, elle tombe sur un boitier semi-professionnel, un bridge, dont le prix était accessible et l’achète. Mais laissons la plutôt raconter son aventure:

« Ce qui m’a poussé vers la photographie, c’est vraiment inexplicable, on va dire que c’est la photographie elle-même, et ce qui m’inspire le plus c’est la nature et la lumière, je voyais des lumières cordiales, et je voulais les avoir en photo, je les visualisais, je sentais que j’avais quelque chose à montrer, des choses devant lesquelles les gens passent tous les jours sans bien les regarder, comme la nature par exemple, comme les petites fleurs que je prends en photo, des détails fascinants. Je ne pense pas que Dieu a créé ses détails pour qu’ils soient négligés. Il y a toujours cette pression et ses frissons qui te poussent à faire le premier pas, à chaque fois. Je suis de nature déterminée et une fois que je me suis mise la photographie dans la tête, je ne me suis pas arrêtée et mon rêve, devenir photographe, est devenu réalité. Il y a beaucoup de photographes dont j’admire le travail. Je me rappelle aussi que l’histoire de Steve Mc Curry avec la fille qu’il est parti chercher après vingt ans m’avait beaucoup fasciné. Pour acheter cet appareil je me rappelle avoir fait des économies pendant presque trois mois. Techniquement je n’ai pas grand-chose à dire, J’utilise actuellement un compact expert Fujinonlensfix 28-112 et j’aime beaucoup le rendu visuel si particulier qu’il procure , ses températures de couleurs, et sa qualité d’image. Pour le côté Macro également, il faut juste apprendre à maîtriser et comprendre son appareil avant tout. En fait ce ne sont pas les gros reflex et objectifs qui donnent des photos qui ont une âme et qui nous parlent. Il y’a une grande différence entre faire de la photographie et faire de l’image. Avec le temps et l’expérience j’ai constaté, que le rendement et la qualité de la photo, ne sont pas vraiment dûs à l’appareil, c’est ta propre vision, ta propre façon de voir les choses, tes perspectives, quand tu as quelques chose à raconter à travers les photos. Pour les reflex, j’ai remarqué qu’il y a des débutants qui achètent des réflexes et des objectifs de plusieurs millimétrées. Le plus important ce n’est pas d’avoir le plus gros objectif, pour moi ce n’est pas le cas, je n’ai pas encore acheté de reflex, je ne dirai pas que je n’en achèterai jamais, mais je préfère travailler avec un appareil photo dont la performance est moyenne pour qu’ainsi je me donne a mille pour cents. Malgré l’obsolescence de mon matériel, et l’invasion du numérique, la moitié du rendement tu dois l’obtenir par ta vision et pas seulement par ton appareil. Je pense que les photographes ont tendance à bâcler la prise de vue en se disant que le numérique pourra de toute façon sauver le cliché. L’élément clé ne dépend ni de la qualité ou de la marque du boitier ni du prix de l’objectif, c’est un élément à la fois simple et compliqué, c’est la lumière. Photographier c’est peindre avec la lumière. La température naturelle du soleil varie en fonction du moment de la journée. Pour moi le meilleur moment qui touche beaucoup mon esprit et me pousse à figer ce moment en prenant des photos c’est l’heure avant le coucher de soleil, une heure d’or, c’est là que la lumière nous donne des rayons en or , de belles nuances d’ocre qui se dispersent partout surtout si on est dans un endroit fascinant et inspirant comme la casbah où il y’a beaucoup d’arrondi et de profondeur dans les ruelles. J’aime beaucoup comment je découvre ce bout de lumière qui sort de l’obscurité , qui s’étale sur ses escaliers usés ou sur ses portes. Parfois la simple direction de la lumière crée une ambiance particulière, un peu mystérieuse, souvent féerique. A cette heure là, la lumière se réchauffe et offre au photographe une panoplie de rendus d’éclairages très propices à la prise de vue. De plus le soleil génère des ombres modelées qui mettent en valeur l’aspect tridimensionnel de la scène..La source naturelle de lumière est constante et rend les variations possibles infinies, il faut l’observer constamment afin de s’y adapter, et la couleur de cette lumière naturelle évolue au fil de la journée. La lumière ambiante est très douce en début ou en fin de journée, c’est ce qu’on appelle « les golden hours ». Le moment magique pour prendre des photos c’est quand cette lumière nous parle, nous guide, nous donne des indices et nous lance des défis. Le crépuscule aussi est un moment merveilleux pour moi, c’est là où la lumière s’en va pour laisser l’obscurité prendre place, juste après le coucher de soleil. Cette lumière dure est caractérisée par les ombres, créant ainsi beaucoup de mystères dans les photographies, l’ombre étant liée à l’obscurité et aux éléments cachés. Sur ces toiles le jeu d’ombre et de lumière est poussé très loin, c’est à croire que les photos ne sont pas réelles, beaucoup de visiteurs, ont cru y voir de la peinture. Avec la lumière naturelle, jamais synthétique, le résultat est juste époustouflant. Ces deux opposés cohabitent souvent dans une même image. Les contrastes qui en émanent par leur confrontation aboutissent à une force expressive. Seule la prise de vue photographique permet de montrer la magie de cette dualité . Ils sont le reflet d’un contexte et créent une atmosphère, tout en conférant une profondeur à un support bidimensionnel. Ils contribuent à exprimer une émotion, une sensation. Ils peuvent être une simple forme sombre, comme c’est le cas ici. La photographie de jour, par la pratique du contre-jour, prend alors les apparences d’une photographie de nuit, cette lumière fragile que l’artiste manipule, en écrasant la profondeur de champ grâce à l’obscurité ou au contre-jour pour obtenir des photographies graphiques et mystérieuses. La lumière, c’est la matière du photographe. Je photographie souvent les enfants car ils donnent une lumière exceptionnelle à mes images, généralement je le fais sans leur demander leur avis, je leur montre leur photos par la suite, cela les fait rire. Les enfants adorent qu’on les prenne en photo, ils me posent énormément de questions. Les enfants sont passionnants, je passe énormément de temps à discuter avec eux. Une petite fille m’a dit une fois qu’elle voulait devenir comme moi, je lui ais dit : Ah tu veux devenir photographe ? Et elle a répondu : Pas seulement, je veux faire tout ce que tu fais, cette petite fille ne savait même pas ce que je faisais, je suppose qu’elle souhaitait simplement être libre de ses choix quand elle grandira, cela m’avait énormément touché« .

18880132_10213179172174309_4937191681128060463_o

Chafia Loudjici possède un riche répertoire, qui ne se résume pas à un style photographique. Elle a déjà participé à plusieurs expositions collectives, parmi lesquelles, l’exposition d’arts plastiques « porte d’art des jeunes créateurs« organisée par l’association (ACAT) au bastion 23 au courant de l’année 2015, l’exposition photographique «  Ma source blanche « sur la placette du Telemly en 2016, à laquelle participait également Allmuth Bourenane, l’exposition photographique collective « Focus Musical » à l’Hôtel Sofitel Alger en 2016. On lui doit également une contribution photographique à la création du pocket Guide d’Alger aux éditions El Bayazine. Chafia Loujici refuse d’être enfermée, cataloguée dans un style photographique, étant touche–à–tout, elle ne se ferme aucune porte. C’est avec la photographie de spectacle (concerts et théâtre) qu’elle a commencé.
« Je sortais beaucoup avec des amis pour faire des ballades, c’est là que je me suis initiée à la street photography. Par la suite, j’ai découvert la macrophotographie, et comme la nature est ma plus grande source d’inspiration, en photographie et en peinture, je me retrouve tout le temps dans les forêts et les jardins m’approchant des plus petits êtres qui existent. la macrophotographie naturaliste touche une partie de mon esprit«
Chafia Loudjici n’a pas vraiment de domaine de prédilection, elle aime changer de sujet comme bon lui semble, elle aime mélanger les styles. Il y a tellement à faire, elle n’aime pas rester figée sur un sujet, elle aime la polyvalence et la diversité. Aujourd’hui c’est à l’argentique qu’elle souhaite se mettre.

19894597_1771201536228582_2507710778023157890_n

Fondée au Xe siècle par les berbères sous la dynastie des Zirides, l’histoire de la casbah remonte à l’antiquité où elle est d’abord un port punique, puis berbère et enfin romain. La vielle médina d’Alger est photographiée à l’ère contemporaine, des images très contrastées avec des tons sombres. La Casbah est aux limites de la pénombre et de l’obscur, avec une source de clarté minimale, le caractère nocturne de certaines photographies l’enveloppe de mystère, et ses ombres offrent un jeu de lumière très poétique, le résultat évoque une ambiance féerique, l’artiste en a fait une esthétique qui lui est bien spécifique, le contraste Ombre et lumière, un élément fort dans ses photographies.

57

Allmuth exhibe ses clichés des édifices représentant le style architectural colonial dans le centre-ville algérois, se gardant d’interpréter systématiquement la vision du bâtiment, dans une représentation réaliste et sans caractère personnel, l’artiste est passionnée par le noir et blanc et le jeu de contraste qu’il offre. Ici l’homme ne fait que passer, la construction reste. La photographe met l’accent sur l’absence du corps dans des lieux qui y sont pourtant consacrés, ne maintenant que le bâtiment dans sa nature, sur le sentier de l’éternité.
Souvent la photo d’architecture est enfermée dans un cadre, et ses images la présentant comme forme pure, donne parfois l’impression qu’elles se ressemblent toutes. A l’égard de cette exclusion du temps et du contexte, la photographe essai ou fait semblant d’être neutre. En ce lieu, la photographie apprend à l’architecture à se faire image, cette esthétique caractérisée par l’absence de l’homme, libère l’essence de ces constructions humaines.

19554594_1728213760540104_9018414742186749127_n

D’origine allemande Allmuth Bourenane, vit à Alger depuis sept ans, « j’ai aimé cette ville, depuis la première fois que je l’ai vue, les vielles habitations, l’architecture, les arcs, elle possède une âme merveilleuse, chaque Building est unique, et détient sa propre histoire à raconter ».

Publicités
Cet article a été publié dans Art-expos. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour El Jazaïr Ombres et Lumières, une dualité d’expression particulière autour de la ville d’Alger

  1. Rouadjia Ahmed dit :

    J’ai bien vu. Excellentes photos souvenirs des temps passés, de l’architecture coloniale d’Alger…

    Aimé par 1 personne

  2. Mehdi dit :

    super belle initiative, bon courage pour la suite 😀

    Aimé par 1 personne

  3. Djaafar dit :

    Bon courage

    Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s