« Les oubliés », une exposition regroupant deux artistes qui ont en commun la même urgence à crier fort contre la privation du peuple sahraoui de son droit à l’autodétermination.

© Rafik Kebir.

Par Ibtissem NOUAR

C’est au dar d’art ( signifiant littéralement  » la maison de l’art » dans un jeu de mots alliant l’arabe et le français) que s’est tenue du 18 au 25 février l’exposition du duo d’artistes Islem Haouati et Adem Yahiaoui « les oubliés ». Sous ce titre s’annoncent deux séries photographiques: « libertad » et « l’ombre et l’identité anonyme ». La première est un répertoire duquel l’artiste a choisi d’exposer dix photos prises pendant le festival Artifariti dans le camp de réfugiés sahraouis de Boudjeddour et dans les territoires libérés de la République Arabe Sahraouie Démocratique. Une série nommée libertad, un mot qui retentit comme un slogan dénonciateur de la répression que subit le peuple Sahraoui. Une mise en scène métaphorique, des visages figés derrière un cadre d’écran de télévision. Constatant que ce peuple a rarement l’occasion de s’exprimer sur sa situation et que sa cause n’est pas suffisamment médiatisée, il a opté pour cette « mise en situation » allusive aux médias qu’il considère comme incapables de retranscrire la réalité. Une manière pour le photographe de donner de l’écho à cette noble cause pour laquelle il fait preuve de beaucoup d’engagement puisque il s’agit de sa deuxième visite sur ces terres . Sa première visite a été à l’occasion du festival international du cinéma du Sahara Occidental, il avait alors exposé ses œuvres au camp de réfugiés de Dakhla.
Agé de 25 ans, Islem Haouati est diplômé de l’institut d’architecture et d’urbanisme de Blida. Il a organisé depuis 2015 plusieurs expositions individuelles et collectives et compte déjà plusieurs séries photographiques : deux visages , une photo, un toit et une série consacrée à la photographie de rue. Ce jeune photographe est notamment connu pour son récit photographique sur les sans-abris, intitulé « Moul ezzenqa », exposé également au Dar d’art.
L’ombre et l’identité anonyme, un titre allégorique à la neutralité du monde entier à l’égard du Sahara Occidental. Dix photos ont été sélectionnées pour êtres exposées où l’artiste tente d’emprisonner des moments fugaces, des enfants en train de jouer ,  » ils aiment se faire photographier, généralement ils ne disent rien, juste après je leur montre les photos et ils sont contents  » aime-t-il à raconter. A travers cette série de clichés, le photographe a choisi de dialoguer plus intimement avec ces gamins en portant un regard réaliste sur leurs conditions. On constate avec amertume que la pureté des images cache mal la dureté des conditions dans lesquelles vivent ces enfants sur des terres plates, abandonnées, dans l’un des déserts les plus chauds au monde.
Jeune photographe autodidacte, Adem Yahiaoui est membre fondateur du collectif Istikhb’Art et milite activement pour la sauvegarde de l’identité algérienne et pour la création d’espaces artistiques en Algérie. Son genre principal est la photographie de rue, ses prises de vue ont le paradoxe de nous arracher à la pesanteur de notre quotidien en nous invitant à la rêverie et à la contemplation avec ses jeux d’ombre et de lumière et nous noyer en même temps dans les situations sociales les plus douloureuses. L’artiste combine beauté et misère, telle est la tonalité de ses œuvres.

© Rafik Kebir.

Les oubliés, c’est le titre de l’exposition mais c’est aussi la dure réalité d’un peuple qui lutte pour son émancipation. Le Sahara Occidental est cette portion du désert dont les limites ont été dessinées par le partage de l’Afrique de l’Ouest entre Français et Espagnols. Il est situé ente le Maroc et la Mauritanie le long du rivage de l’océan atlantique. Depuis le départ des espagnols en 1976 le peuple Sahraoui n’a pas encore pu exercer son droit à l’autodétermination et après l’invasion du Maroc beaucoup de Sahraouis ont fui leur pays pour s’installer dans des camps de réfugiés en Algérie ou dans les territoires libérés.
Entre le photojournalisme et la photographie d’art le lien est parfois mince et même si ces deux compères ne revendiquent qu’une simple démarche artistique, ils sont témoins de leur époque et écrivent l’histoire à leur manière, avec des photographies. Sous la houlette du collectif Istikhb’Art, sponsorisé par le studio Tadra, ce projet a pu voir le jour avec l’aide de l’association infocom de Tindouf et du ministère Sahraoui de la Culture qui a assuré le transport et l’hébergement. Véritable acte politique, cette exposition rappelle aux consciences assoupies la cause juste d’un peuple qui lutte dans des conditions difficiles, depuis plus de quarante ans, pour son droit d’avoir un état. Par leurs photographies, véritables armes de lutte, ces deux artistes ont tenu à exprimer leur indéfectible soutien à ce peuple héroïque.

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Un commentaire pour « Les oubliés », une exposition regroupant deux artistes qui ont en commun la même urgence à crier fort contre la privation du peuple sahraoui de son droit à l’autodétermination.

  1. Rabahi Farida dit :

    Félicitations amis compatriotes pour ce travail exceptionnel ! De l’art! Des témoignages poignants .Grand merci pour le beau de l’œil!!!!!pleins succès à vous.

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