Le vertige du djinn, et la réfutation de l’inconscient.

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Edvard Munch. Le Cri (1893).

Par Adnan Hadj Mouri.

« Ça parle malgré moi », Lacan.

Au détriment de la santé mentale, l’intensité de la démarche désuète du charlatanisme aura pour conséquence une dégradation du climat social. Cette fossilisation des représentations aberrantes réveillera les angoisses et les craintes chez le sujet parlant. En abandonnant les aspects psychiques considérés comme névralgiques dans le fonctionnement de l’attitude personnelle, les expressions d’agressivité pulsionnelles et le repli sur soi même serviront de vecteur de résistance à l’étude psychologique voire psychanalytique puisque le repli sur cette dimension perverse du charlatanisme permettra de développer des stratégies de façon à contrer les sciences de l’inconscient.

En effet devant la Terre mal explorée de l’inconscient qui se structure selon la terminologie Lacanienne comme un langage, le savoir comme le souligne Freud dans l’introduction de la psychanalyse « sera trois fois décentré »: la première fois quand Copernic montre que la terre n’est pas le centre de l’univers , la seconde fois , quand Darwin déclare que l’homme ne possède pas une place privilégiée dans l’ordre biologique ,et la troisième fois avec le décentrement de l’inconscient. A travers cette présentation succincte de l’essor psychologique, la science de l’inconscient désigne « un accouchement de l’âme et de la liberté » en essayant de décrypter l’inconscient de l’individu comme le disait le psychanalyste Lacan « le sujet est parlé plutôt qu’il ne parle ».

De ce fait les pesanteurs de la démarche traditionnelle et la place encore marginale de la psychologie et donc son image défavorable dans la société ne faciliteront pas le développement de l’apprentissage de la science de l’inconscient. La configuration de cette discipline ne cesse d’évoluer par la liaison /opposition des principales actions psychologisantes. Les prescriptions charlatanesques vont favoriser l’aspect d’isolation des sujets en les réduisant à de simples sujets objets ; il serait utile de préciser que dans cette condition, l’exercice de la fonction psychologique sera à notre sens constamment partagée entre le recours à la contrainte /domination de la logique et la nécessité de développer des processus de subjectivation.

Devant le présent qui perd son caractère d’actualité et s’évanouit dans le fléchissement des pseudos guérisseurs, l’exercice de la fonction demeure continuellement sujet à caution et marginalisée ; dans ce cas de figure, la recherche de sa légitimité dans les instances universitaires sera condamnée à rester vaine, dit autrement, la valorisation des sciences sociales et plus particulièrement de la psychologie ne va pas être continuellement remise en cause tant qu’elle se mettra en compétitivité sur le seul terrain de compétition du champ traditionnel et religieux. Il faudrait dire que l’enfermement dans la « mêmeté » ou l’identité, idem , pour reprendre le philosophe Paul RICOEUR se situe aux antipodes des dynamiques favorisant l’émergence d’une « citoyenneté « favorisant et favorisé par la reconnaissance de l’altérité.

Dans ce contexte de l’asservissement de l’imaginaire, le psychanalyste Bernard Sigg dans son article de « l’espoir à la mort » pour une lecture freudienne de la crise algérienne fera savoir que « l’existence humaine se déroule en effet sous l’influence conjuguée de deux pulsions primordiales, pulsion de mort qui pousse à la séparation et à la décomposition et pulsion de vie d’où émane auto conservation et sexualité. ».

Alors devant les comportements archaïques des pseudos guérisseurs qui favorisent des forces destructrices, comment la société pourra t elle se départir de cet enchainement maléfique qui glisse le sujet parlant dans un processus destructeur et mortifère. Sur cet aspect « la réflexion menée ne devra pas avoir pour principale caractéristique de reconvertir l’approche traditionnelle à sa fonction critique par rapport aux représentations idéologiques de l’action sociale. Devant la « faiblesse de l’espérance, »la mise en exergue des vertus libératrices de la réflexion de toute forme dogmatique peut être dans un premier lieu d’une fécondité indéniable en proposant de valoriser l’intérêt émancipateur de la connaissance comme le souligne Habermas. Cette approche va se situer aux antipodes de la désintégration de la subjectivité en permettant dans le champ social l’émergence de nouvelles pratiques de changement sociétal qui impulse l’auto réflexion des acteurs sociaux et avantager une nouvelle dynamique de remise en question de l’autre . Enfin en mettant en avant l’autonomie du sujet, la singularité comme le dit le philosophe Paul Ricœur pourra être pensée comme une « individualité censée ». Une société ne vaut, n’est digne que si les soins qu’elle se donne la peine de prodiguer à ses membres, tiennent compte et prennent « en considération la complexité de la structure de la subjectivité, qui caractérise l’espèce humaine », en tant qu’elle est la seule qui dépende à ce point de « l’ordre symbolique » et des effets qu’il induit, sur le plan individuel comme sur le plan social.

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