Le délire de la misogynie.

b32b92833388e584af8cc20291a33958

Par Adnan Hadj Mouri.

« La femme est l’avenir de l’homme », Louis Aragon.

En Algérie, l’archétype de la féminité ne cesse de s’enliser dans les ornières du dogmatisme. L’asservissement de l’imaginaire couplé à un fanatisme religieux laisse le sujet parlant se diluer dans un atavisme hérité qui ankylose sa perception en générant des pratiques avilissantes. Il faudrait dire que l’héritage « instinctuel » du fonctionnement phallocratique de nos jours n’arrive pas encore à se départir de l’aveuglement séculaire doté d’une misogynie sans pareil ; journellement la gente féminine est confrontée à une relation conflictuelle et agressive à son encontre. Devant la réactivation d’un passé momifiant qui laisse place Douillettement abrité derrière leurs œillères, le psychanalyste Bernard Sigg dira que’’ la femme algérienne est sifflée ou battue pour une apparence occidentale ‘’. Cette question de la féminité ne peut en aucun cas occulter le déchainement maléfique de la décennie noire où la barbarie a porté les crimes et les horreurs à leur comble. Pour le psychanalyste René Lew sur le point des interrogations concernant la logique du meurtre en Algérie, il fera savoir par le biais de son analyse que les meurtres algériens avec leurs côtés démonstratifs (sexes coupés, femmes éventrées…) montrent que la gestion des masses à quoi ils prétendent conduire , peut- on penser, est une gestation de sexe et dans ce cas de figure , la politique œuvre nécessairement dans le sexe et la mort. Au-delà de l’aspect mortifère de cette crise multidimensionnelle (identitaire, sexuelle, incommunicabilité) qui favorise la castration des sens, le rapport homme femme se manifeste comme étant un vacillement de la masculinité laquelle refoule la féminité tant qu’elle met en œuvre le manque fondateur du désir. A titre d’exemple le film d’Omar Gatlatou illustre la méconnaissance de la féminité. En s’appuyant sur la position de la féminité qui demeure infâme dans la société ; cette conception ne cesse « d’essentialiser » la femme en tant qu’objet de désir et de convoitise ; il nous fera dire que la société algérienne demeure continuellement le théâtre où se jouent certaines traditions rétrogrades, voir même des tabous aux aguets A ce sujet, Gustave Lebon disait que la femme durant son enfance dépend de son père, pendant sa jeunesse, de son mari, son mari mort, de ses fils, si elle n’a pas de fils de sa belle-famille car dans un régime rétrograde la femme ne doit jamais se gouverner à sa guise. Au sujet de la dérive totalitaire, le recours à l’explication fournie par Freud dans totem et tabou sur la mort du père s’avère salvatrice pour comprendre le refus de la féminité ; il nous fera savoir que le père de la horde dispose d’un pouvoir absolu concrétisé par la possession de femelles ; les fils sont donc chassées parce qu’ils représentent une menace, puis les fils se révolteront et le tuent en faisant un repas totémique, ce qui va permettre l’identification au père redoutable. La mise en œuvre de l’interdit fera dire au sociologue Pierre Bourdieu que la domination masculine est tellement ancrée dans nos inconscients que nous ne l’apercevons pas ; elle est tellement accordée à nos attentes que nous avons du mal à la remettre en question. Cette ségrégation galopante est objectivement observable dans le statut de la famille qui s’inscrit dans le code de la famille. Engagée depuis trente ans, l’autonomisation des droits des femmes ne cesse de s’inscrire dans ce « stop and go ». A force d’atermoiements et pour avoir trop tardé à effectuer la nécessaire remise en cause de ce code infâme, certains députés essaient de justifier la violence à l’égard des femmes par des propos à connotation pathologique ; à titre de rappel nous mettons en relief les arguments de l’ex ministre des affaires religieuses qui disaient que l’invasion de criquets est une punition divine car les femmes se dénudent de plus en plus. L’inconscient collectif de la domination sexiste demeure d’une brûlante actualité et au-delà de l’admiration que le combat des associations exige ;nous restons désormais un peu sceptiques quant à la limitation de la revendication qui réside uniquement dans la touche instinctive de la féminité faute d’être fouillée ou théorisée en Algérie, comme disait Freud dans inhibition symptômes et angoisse , « lorsque celui qui chemine dans l’obscurité chante , il nie son anxiété mais n’en voit pas pour autant plus clair » Dans ce contexte nous pensons que pour se départir des effets d’atomisation sociale du combat féministe démocratique, il serait judicieux de se libérer de certaines conceptions trop facilement démocratiques telle que celles qui consiste à faire des masses une somme d’individus qui ont mis un seul et même objet à la place de leur idéal du moi et se sont en conséquence dans leur moi identifiés les uns aux autres »Dans ce sens l’instance critique de la réflexivité sera comme condition de libération de l’action. Enfin dans ce sens cette singularité agissante favorisera la métaphore forte éclairante de Nazim Hikmet qui disait vivre libre comme un arbre et fraternellement comme une forêt.

Publicités
Cet article a été publié dans Philosophie. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Le délire de la misogynie.

  1. Samira dit :

    Très intéressant, très bien écrit. Le style d’écriture m’a fasciné, mais pour ce qui est de la vision de la société algérienne, j’aurai un point de vue différent vu que c’est la femme elle même qui élève les hommes, donc au fait elle est maitresse de la situation……..un point de vue qui n’engage que moi.

    Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s