Les deux éternels du Congrès de la Soummam. Larbi Ben M’hidi, le héros mythique de la révolution algérienne

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Larbi Ben Mhidi.

Par Laakri Cherifi

« Mettez la révolution dans la rue, et le peuple saura s’en saisir », disait Larbi Ben M’hidi. Qualifié de « seigneur » par le colon français, Ben M’hidi a laissé de côté son individualisme, son intérêt personnel pour affronter l’adversaire. Cette personnalité historique fera l’objet d’un deuxième épisode des chroniques de Laakri cherifi. Après Abane Ramdane: Un homme, un engagement et un destin, voici Larbi Ben M’hidi, le héros mythique de la révolution algérienne.

Au paramètre zéro de ce parcours historique, la ville de Aïn M’lila verra naître en 1923 celui qui présidera le congrès de la Soummam au douar El-Kouakhi, dans une famille nourrie aux valeurs de la religion puisque son père Abderrahmane était le gardien et protecteur d’un mausolée dédié à un ancêtre marabout portant le nom de ‘‘Si Larbi’’. D’où certainement le prénom du héros de la révolution algérienne. Dès l’âge de six ans, il est inscrit à l’école primaire de son village natal qu’il quittera une année plus tard pour poursuivre ses études à Batna jusqu’à l’obtention du certificat de fin d’études primaires élémentaires en 1936. Le destin de Larbi Ben M’hidi bascule une première fois à Biskra, où ses parents sont partis s’installer. Dans la capitale des Zibans, il fait son entrée dans cette grande école de nationalisme qu’étaient à l’époque les Scouts musulmans algériens. L’autre école qui nourrira son patriotisme est l’équipe de football de Biskra, « l’US Biskra », avant de se découvrir une autre vocation, les planches du quatrième art. En 1943, il s’installe à Constantine où il se rapproche de l’Association des oulémas, une période qui l’a grandement marqué. Devenu adulte accompli, Larbi Ben M’hidi fait ses premiers pas dans le militantisme politique en adhérant au mouvement des Amis du Manifeste et de la Liberté (AML) créé par Ferhat Abbas le 14 mars 1944. Il participera au congrès qui s’est tenu en 1945, et, par la suite, adhérera au Parti du Peuple Algérien (PPA), le premier parti à revendiquer l’indépendance de l’Algérie. Le 9 mai 1945, Ben M’hidi est arrêté à Biskra à la suite des émeutes de Sétif et Kherata. A sa libération, il reprend son activité révolutionnaire, ne ménageant pas ses efforts pour éveiller les consciences à la cause nationale en pratiquant notamment le théâtre engagé. Le parcours de Larbi Ben M’hidi épousera celui des évolutions du mouvement révolutionnaire, à travers notamment la création de l’OS et son installation à Oran, la fracture du MTLD entre messalistes et centralistes, puis la naissance du FLN. Durant les années cinquante, il quitte le Constantinois pour Alger puis Oran. A l’issue de ce que l’ennemi appelle le « complot de 1950 », la police se lance à sa recherche. Il est condamné par contumace à dix années de prison, dix années d’exil, et à la privation de ses droits civiques pendant dix années. Pour échapper à la police, Ben M’hidi doit changer sans cesse d’identité, ce qui lui vaut le surnom de l’ « Homme aux vingt visages ».

À la veille du déclenchement de la révolution, Ben M’hidi sera bien sûr au rendez-vous avec l’histoire. En avril 1954, il fonde, en compagnie de Hocine Aït Ahmed, Ahmed Ben Bella, Krim Belkacem, Mostefa Ben Boulaïd, Rabah Bitat, Mohamed Boudiaf, Mourad Didouche et Mohamed Khider, le Comité  Révolutionnaire d’Unité et d’Action (CRUA), duquel découlera, le 10 octobre 1954, le Front de Libération Nationale (FLN), qui sera à l’origine du choix de la date du 1er novembre 1954 pour le déclenchement de la lutte armée contre le colonisateur. Il est à la tête de la wilaya IV, c’est-à-dire l’Oranie qu’il a eu à connaître à travers une autre figure locale du mouvement national, Ramdane Ben Abdelmalek. En 1956, il quitte le commandement de la Wilaya V, qui sera alors confié à Abdelhafid Boussouf, pour être désigné en qualité d’un membre du Conseil National de la Révolution Algérienne (CNRA). Il se rend à Alger où il rencontre Ramdane Abane, avec lequel il partagera tous les points de vue sur les actions politiques et militaires à entreprendre. Cette alliance sera scellée au moment de se rendre au Congrès de la Soummam, le 20 août 1956, au cours duquel l’appui de Ben M’hidi à Abane sera déterminant. Le Congrès se réunit à -Ifri- Ighzer Amokrane, sur la rive gauche de la Soummam, à quelques kilomètres d’Akbou. Le procès-verbal de la première séance donne la liste des présents. Mohamed-Larbi Ben M’hidi, représentant de l’Oranie, président de séance, Ramdane Abane, représentant le FLN, secrétaire de séance, Amar Ouamrane, représentant de l’Algérois, Belkacem Krim, représentant de la Kabylie, Youcef  Zighoud, représentant du Nord-Constantinois. Lors des travaux de la tenue du congrès de cette instance à Alger, portant sur l’organisation politique et militaire du pays, Ben M’hidi est nommé à la tête de la région de l’Ouest. Partisan du travail sur le terrain, il était l’exemple type de l’homme politique actif. En plus de sa qualité de théoricien de la révolution, il était omniprésent, organisant les hommes, distribuant les tâches et fixant les objectifs. Durant les années 1955 et 1956, Ben M’hidi part au Maroc et au Caire en tant qu’émissaire de la révolution. Son objectif est d’insister et d’exiger des responsables du FLN de l’extérieur un soutien plus conséquent au front intérieur. Ce faisant, Larbi Ben M’Hidi agit en responsable politique, conscient des enjeux et des lourdes responsabilités qu’il assumerait et des risques qu’il braverait. Son lourd parcours de militant du MTLD et de l’OS, du CRUA et du Comité des 22, l’avait grandement préparé à ce rôle au sommet de la pyramide.

Plusieurs réunions ont ainsi lieu à la Casbah dans lesquelles Ben M’hidi répète sans cesse: « Il faut que l’Algérie devienne un deuxième Diên Biên Phu1. » Auquel il ajoute : « Mettez la révolution dans la rue et vous la verrez reprise et portée par douze millions d’hommes2». C’est dans cet esprit qu’il est l’un des principaux initiateurs de la fameuse ‘‘grève générale des huit jours’’ en janvier 1957. Son activité s’étend au journalisme militant en tant que membre actif de la rédaction d’El Moudjahid (Abane Ramdane y est l’un des créateurs de ce journal). Ses nombreux articles et analyses constituent aujourd’hui de précieux documents pour la lecture analytique de la guerre d’Algérie. Le 23 février 1957, Larbi Ben M’hidi est arrêté par les hommes de Bigeart dans un appartement de l’avenue Claude-Debussy, où il se trouve de passage. Ben M’hidi est monstrueusement supplicié, toutes les techniques sadiques et barbares des bourreaux lui sont appliquées. Le corps de Ben M’hidi mutilé, abîmé et disloqué, s’est écroulé mais nous savons aujourd’hui que sa dignité et son héroïsme irréprochables, son courage et son énergie inébranlables ont brisé l’arrogance et l’effronterie de l’ennemi. Le 20 août de la même année, le journal EI-Moudjahid lui rend hommage en ces termes : « L’ennemi n’a pas bien regardé Ben M’hidi. Il eût compris la vanité de cette torture, l’impossibilité d’ébranler ce révolutionnaire pendant des jours et des nuits ».

Pour conclure, il va de soi que tous les révolutionnaires du FLN ne sont pas des assoiffés du pouvoir. Cela dit, si certains, à l’instar d’Abane ou de Ben M’hidi, pensent que la révolution est le bien commun des Algériens, d’autres dirigeants, comme Ben Bella, se projettent déjà dans l’après-guerre. Hélas, la victoire de la ligne politique défendue par le duo Abane-Ben M’hidi n’est que de courte durée. À l’indépendance, le pouvoir revient aux plus violents. Résultat du parcours: le peuple algérien est trahi, manipulé, voire dépossédé de son indépendance. Car à peine débarrassé de la colonisation française, une autre colonisation « interne et dictatorial » est déclenchée après l’indépendance.


 

  1. Drifa BenM’hidi, Larbi Ben M’hidi et les principes de la « Soummam », El Moudjahid..05.03.09.
  2. Ibid.

 

 

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Un commentaire pour Les deux éternels du Congrès de la Soummam. Larbi Ben M’hidi, le héros mythique de la révolution algérienne

  1. yezli meriem sihem dit :

    و الله يكفيه اعتراف عدوه بانه شخصية لا يمكن الا الانحناء و الاحترام امام قوة فكره و قوة الايمان بقضيته فصدق فاصبح خالذا في قلوب كل الجزائريين وكل انسان يؤمن بالقضايا العاذلة

    J'aime

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