Omar le voleur, quarante ans après Omar le lover. Qu’est-il arrivé au cinéma de Merzak Allouache ?

1448392666_2

Adlene Djemil dans le rôle d’Omar

Par Ibtissem NOUAR

Madame courage: Drogue, prostitution, vols à l’arraché, misère, bidonville, poubelles . Merzak Allouache ou le cinéma du cliché.

Lauréat du Prix du Jury lors de son avant-première algérienne au Festival d’Annaba du Film Méditerranéen. Madame Courage est le 14e long métrage de Merzak Allouache ,une fiction clichétisante, alternant scènes de vie au cœur d’un Bidonville de Mostaghanem et  vols à l’arraché commis par l' »Anti-héros » Omar,  intensément joué par Adlene Djemil.

Omar était déjà le prénom du personnage principal du premier film de Merzak Allouache « Omar Gatlato » où Boualem Bennani incarnait un Don Juan à la fois beau parleur et timide. Ici Omar est un voleur et un drogué, qui un matin  arrache le collier de celle qu’il a élu parmi ses victimes, Selma (Lamia Bezouaoui), et dès lors que leurs regards se sont croisés plus rien ne sera jamais pareil.  Comme pour Harraga, Mostaghanem a servi de décor naturel. Entamé le 14 octobre 2014, le tournage s’est entièrement déroulé dans cette ville de l’Ouest Algérien.

Figurant parmi les 17 films en compétitions pour le Tanit d’Or durant les Journées Cinématographiques de Carthage, sélectionné notamment à Venise et au Caire, cette coproduction franco-algérienne  a participé au Festival International du Film de Haïfa (En Palestine occupée), ce qui a suscité une grande polémique et quand un journaliste palestinien lui a posé la question lors de la conférence de presse, le réalisateur lui a  demandé d’aller d’abord se renseigner et lui a répondu que quand les palestiniens avaient  ouvert un cinéma à Jérusalem avec beaucoup de difficultés,  il les avaient aidé avec son film et la presse n’en avait pas parlé et de conclure « Ce film circule dans des endroits et puis c’est tout ».

OMAR et OMAR

Ces deux fictions sont bien les films d’une rencontre amoureuse, avec le Omar au regard fixe et vide d’émotion indifférent au monde et à la misère qui l’entoure. Et l’autre Omar, celui des années soixante-dix, passionné par la musique, qui tombe amoureux d’une voix inconnue qui sort de sa mini-cassette.  Non il ne s’agit pas d’une identification, ces deux personnage ne se ressemblent pas, mais se vivent comme liés, comme équivalents, comme se reflétant l’un l’autre, ils sont pris dans la réfraction d’un étrange miroir inverse. Ne s’étant jamais rencontrés, car un écart de quarante ans les séparent, comment percer le mystère de leur gémellité ? Tout les deux portent une vision non pas d’une autre Algérie, mais d’un autre Allouache, où d’une autre vision d’Allouache sur l’Algérie. Ses « études sociologiques » sont très subjectives et pessimistes. Parfois on a même l’impression que le  réalisateur vit dans le passé, il pense que l’Algérie n’est pas encore sortie de cette période (Décennie noire) et que nous n’avons pas encore réglé le problème du terrorisme, ces dix années de violence extrême, et il va même jusqu’à accuser  la nouvelle génération d’avoir zappé cette période, qui a été pour eux très douloureuse, qui a fait fuir beaucoup de gens et qui en a vu beaucoup  mourir, « Une période qui brusquement s’arrête, on parle ensuite d’une décennie sanglante et on sent chez beaucoup de gens de la violence qui n’en est que le résultat ».

Le Maillon fort du Film

Instable, solitaire, drogué, voleur, amoureux, ce personnage est remarquablement interprété par Adlene Djemil (Prix du meilleur acteur lors des Journées Cinématographiques de Carthage). À l’affiche du Documentaire Babor Casanova, le comédien a également joué le rôle d’un adolescent (drogué) issu d’un viol commis par un terroriste dans « Les Terrasses ». Son Ingestion de drogue et d’alcool nous ferait oublier que nous somme dans une fiction, son rôle et son jeu, nous pousse à avoir de la compassion et  de l’empathie pour ce héros négatif. Si ce film réussit parfois à nous toucher, le surplus de détails (souvent inutiles) et de clichés nous éloigne du  point central du film qui est la relation platonique entre Omar et Selma.

Fiction non scénarisée ou brouillon cinématographique

Cette fiction semble ne pas trouver une identité qui lui appartient, une singularité. Le manque de scénarisation se ressent tout au long du Film, notamment avec les scènes que le réalisateur a emprunté a ses films précédents. Ses films se succèdent et se répètent, jusqu’à n’avoir qu’un seul sujet de fond ou sujet initial, sans le vouloir Allouache raconte toujours la même histoire.

La poubellisation de l’Algérie: Un pessimisme assumé

Les poubelles ont toujours fait partie du décor du réalisateur. En plan large ou plan serré, elle sont là pour accompagner l’image que ses films donnent de l’Algérie. « Dans mon premier long-métrage Omar Gatlato, il y avait déjà une scène où Omar attendait son ami devant des poubelle au Climat de France à Bab El Oued et quand on m’avait demandé pourquoi il y avait tant de saleté, je leur avais répondu que je n’étais pas le genre de cinéaste qui allait nettoyer les rues pour filmer ». Une manière dit-il d’expliquer que nous ne voulons plus de ces poubelles.

Montrer la société telle qu’elle est ou comment étendre  mille et un cliché sur cent minutes

Dans les film d’Allouache il n y a pas qu’un seul sujet de fond, il y a plusieurs sujets, plusieurs histoire ou plusieurs fragments d’histoires.

La Montée de l’islamisme imaginée par le réalisateur et l’appel à la prière, musique de fond de ses films, bande originale on pourrait presque dire. Cet arrière plan sonore ponctue la vie de la société algérienne, son vide et ses misères,  pour dire d’une certaine manière que les algériens sont plus occupé à prier qu’à vivre. La voix Du Cheikh Chemseddine qui appel à tout sauf à la tolérance , alors que les Algériens le regardent  pour rire, on le considère plus comme un Show-man que comme un religieux. Le Grand-frère policier (Abdellatif Benahmed) qui regarde le match de foot à la télé, car pour le réalisateur  les Algériens sont obsédé par le Foot.

Cette fiction est prise dans un paradoxe lié au réalisateur et non à la société algérienne, on peut voir  la mère qui n’écoute que les prêches religieuses à la télévision et qui n’est pas contre le fait que sa fille (Leïla Tilmatine) se prostitue sur le net (Cyber-prostitution), un autre phénomène que le réalisateur dit répandu en Algérie comme les comprimés d’ Artane très prisés par les jeunes algériens, effectivement Allouache adore phénoméniser l’Algérie avec sa caméra. Un film sur mesure ou sur commande pourrait on dire.

Merzak Allouache et l’Algérie: Je t’aime moi non plus

« Dans mes films, j’ai parlé de l’Algérie pratiquement depuis l’indépendance, de certaines phases historiques, j’ai essayé à chaque fois de raconter ma petite histoire qui colle à cette période précise, depuis quelques années, il y a dans mon travail une espèce de pessimisme, ce pessimisme me dépasse, je crois que beaucoup de gens sont pessimistes en Algérie, quand on voit la situation quotidienne et le problème des jeunes, je suis pessimiste concernant mon travail, le manque de salle, le cinéma, la culture, la création.., et j’exprime cela à travers mes films, quand Omar ramène les courses du marché j’essaie d’exprimer ce que j’entends autour de moi sur les prix qui augmentent, les gens qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts et pour moi c’est suffisant de montrer un plan où la mère de ce jeune lui dit voilà tu as ramené de la viande tu es un homme, comme si être un homme ça se réduisait à faire un marché, mais c’est juste un film, c’est juste une fiction. »

Madame courage est un tableau dressant plusieurs portraits: Portrait de la jeunesse, portrait du drogué, portrait de la mère, portrait de la prostituée, portrait du proxénète, ou portrait de l’Algérie. Un film de Merzak Allouache (Un énième film de Merzak Allouache).

Lien pour lire notre précédente interview avec Merzak Allouache « Les Terrasses »: https://jeunemaghreb.com/2015/05/15/sortie-nationale-du-film-les-terrasses-rencontre-avec-le-realisateur-a-lavant-premiere-au-cinema-mk2-beaubourg/

Publicités
Cet article, publié dans Cinéma, Critique, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s