Sortie nationale du film « Les Terrasses », rencontre avec le réalisateur à l’avant première au cinéma MK2 Beaubourg

11009115_821934274549132_1118425031206118053_n

Merzak Allouache: « Avec cette nouvelle génération, nous travaillons quelque chose d’important, qui est la langue ».

Par Ibtissem NOUAR

Cinq quartiers, cinq terrasses, cinq histoires différentes, rythmées par cinq prières, Merzak ALLOUACHE filme une journée sur les terrasses d’Alger.

Jeune Maghreb: Le tournage s’est terminé en 2013, pourquoi  avoir attendu deux ans pour le sortir en salles ? et pourquoi en France

Merzak ALLOUACHE: Cela ne dépend pas du réalisateur, une fois le tournage terminé, le film peut être pris par des distributeurs, si ce film a tardé à sortir, c’est indépendant de ma volonté.

En France parce que c’est un département algérien (rires et applaudissements dans la salle), c’est une coproduction algéro-française, et puis en France il y a une industrie du cinéma, il y a des salles de cinéma, il y a des normes et des règles de sorties de films, et quand je sors un film en france, je sais que je vais recevoir un appel d’Alger pour me dire qu’ils vont me donner les moyens de le sortir en Algérie, mes films sont vus par les Algériens à partir d’internet ou sur des DVD piratés.

Pourquoi ce choix des terrasses, est – ce un titre métaphorique, une manière d’observer la société de haut, d’un regard extérieur ?

Dans presque tous les films tournés à Alger, il y a une ou deux séquences qui sont tournées sur les terrasses, et depuis plusieurs années et à cause de la surpopulation, les terrasses sont occupées, les gens y vivent, donc beaucoup de choses s’y passent, alors c’était quelque chose de formidable pour la mise en scène, nous avions un studio à ciel ouvert, ces terrasses se prêtaient à toute une mise en scène.

À partir de quelle moment l’idée d’un long métrage s’est – elle imposée ?

J’ai écris cinq histoires différentes, et pour moi dès le départ ça allait être un long métrage, tourné sur les cinq terrasses, et il y aurait un fil conducteur; la journée, les appels à la prière, une journée sur les terrasses d’Alger. J’ai tourné dans l’ordre que j’ai choisi, à chaque fois sur une terrasse, je suis revenu par la suite au scénario qui a été écrit tel qu’on voit les choses dans le film.

Vous êtes connu comme étant le cinéaste algérien de l’observation, ces personnages viennent-ils de votre imagination, ou bien vous vous inspirez de ce qui se passe un peu dans la société algérienne ?

L’Algérie est un pays qui est très facile à observer, on observe facilement ce qui s’y passe et on apprend beaucoup de choses, c’est un pays ou la rumeur est là, on raconte beaucoup de choses, les gens parlent beaucoup, dès qu’on arrive à Alger on a 50000 scénarios qui se présentent à nous.

Il y a beaucoup de violence dans ce film !

On retrouve cette violence partout en Algérie, c’est un pays qui est au bord de la crise de nerfs, la violence se déclenche assez facilement, parfois pour rien, je pense qu’il y a quelque chose qui n’a pas été réglé après les dix années de violence extrême de ce qu’on a appelé « la décennie noire », les choses se sont plus ou moins terminées en ce qui concerne cette violence armée et le terrorisme, mais rien n’a été réglé, on a installé une espèce d’amnésie, les gens ne veulent presque pas parler de ce qui s’est passé, et pourtant dès qu’on est en Algérie, on sent que la société n’est pas apaisée, en montrant cette violence, je veux bien évidemment dire quelque chose, c’est le propos du film, il y de la violence contre les femmes, contre les hommes et au sein d’une même famille, puisque celui qui torture son frère dans le film le fait pour une question d’héritage, c’est un film de fiction et je raconte ces histoires qui reflètent la réalité aussi violente soit-elle.

Est – ce que vous adaptez votre scénario en fonction des comédiens pressentis, vous collaborez souvent avec adila BENDIMERAD ou Nabil ASLI, de quelle manière les avez-vous repérés et que recherchez – vous avant tout chez un acteur ?

Je suis en train de collaborer avec une nouvelle génération de jeunes acteurs qui sont intelligents, travailler avec eux me donne un coup de jeune, c’est surtout une génération qui n’est comme beaucoup d’acteurs malheureusement, qui sont travaillés par ce système qui existe en Algérie, alors comme il n y a pas de cinéma , les gens regardent beaucoup la télévision et en particuliers les séries et les sitcom ramadanesques, et bon nombre d’acteurs et d’actrices algériens existent grâce à ces séries, et sont un peu trop formatés, avec cette nouvelle génération nous travaillons quelque chose d’important qui est la langue, dans mes films je laisse les acteurs libre de parler la langue qu’il parle tous les jours, alors que les comédiens des séries sont formatés pour parler une langue arabe compliquée, c’est presque de l’arabe classique, et on voit qu’ils jouent parce que ce n’est pas leur langue usuelle.

Vous avez aujourd’hui 40 ans de carrière, de la production jusqu’au montage, en passant par le tournage, rencontrez-vous encore des difficultés concernant les sujets que vous abordez, les moyens de financement et la diffusion de films en Algérie ?

J’ai bénéficié du soutien du FDATIC, c’est une aide à laquelle ont droit les cinéastes quand ils déposent un scénario, sauf si le scénario est rejeté, le scénario précédent que j’avais déposé du film « Le Repenti » n’avait pas obtenu cette aide, il a été refusé, la commission m’a envoyé une lettre ou elle m’expliquait que le scénario était trop ambiguë et que l’histoire que je racontais était vraiment bizarre, que le titre ne leur plaisait pas, et là pour « Les Terrasses » le scénario a été accepté, il faut savoir que le scénario que j’ai écrit est un petit peu différent du film que j’ai tourné, tous les cinéastes le font actuellement, il n’est pas possible de tourner le film qu’on a écrit, mais en Algérie nous n’avons pas par exemple la situation qui existe dans le cinéma égyptien, où le censeur se promène sur le plateau, avec le scénario en main pour vérifier si c’est bien conforme, tout le monde y croit sans y croire à cette censure, ce qu’on peut montrer, ce qu’on ne peut pas montrer, je pense qu’il y a quelque chose de plus grave, on a institué chez les réalisateurs, une espèce d’autocensure, eux-même se disent qu’il y a des lignes rouges à ne pas franchir, dans chaque pays arabe, il y a des lignes rouges, par exemple sur la torture, les cinéastes marocains sont plus avancés que les cinéastes algériens mais sur d’autres points, ils sont encore en retrait, et ils ont leur ligne rouge comme tous les arabes, sur la sexualité, sur la religion .., ensuite je pense qu’il y a une espèce de censure en Algérie qui est la censure de la communication avec le public, et la sortie du film en salle puisque la situation des salles de cinéma en Algérie est catastrophique, il y a une majorité de villes qui n’ont pas de salles de cinéma,nous avions après l’indépendance plus de 370 salles de cinéma, aujourd’hui nous devons en avoir dix à travers tout le territoire national, on nous promet qu’il y aura des salles restaurées, et qu’on les équiperait en numérique, mais pour l’instant c’est vraiment désastreux, peut-être qu’on a pas envie que les films circulent, peut être qu’on a pas envie que les gens s’intéressent à la culture, non seulement, il faut restaurer les salles, mais aussi il faut rééduquer un public pour qu’il revienne au cinéma, mes films ne sont donc pas vus en Algérie, ou ils sont vus très peu, ce film a été projeté une fois dans un petit festival à Alger, la salle était pleine mais pour la plupart, c’était des gens que je connaissais, issus de ce microcosme culturel d’Alger, il n y a pas de circulation des films arabes, nous allons dans les festivals, les quelques festivals qui existent, nous passons nos films et puis ça s’arrête là.

 

Publicités
Cet article a été publié dans Cinéma, Rencontres. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

5 commentaires pour Sortie nationale du film « Les Terrasses », rencontre avec le réalisateur à l’avant première au cinéma MK2 Beaubourg

  1. kaced dit :

    J’ai hâte de voir DJamil en version acting… Bravo

    Aimé par 1 personne

  2. allalouche dit :

    Un commentaire qui vaut la peine et qui mérite beaucoup de débats constructifs. La seule chose où nous butons c’est la communication à laquelle s’ajoute le laxisme pour ne pas dire l’autodafé des responsables censés être au courant !

    Aimé par 1 personne

  3. Hocine Freeman dit :

    quel sens pointu de la réflexion…! c’est des gens comme toi ma grande qui font avancer la culture, qui font vivre la culture !!!!

    Aimé par 1 personne

  4. Méloman dit :

    Hate de pouvoir un jour voir le film, et bravo pour l’interview !

    Aimé par 1 personne

  5. Ping : Omar le voleur, quarante ans après Omar le lover, Qu’est-il arrivé au cinéma de Merzak Allouache ? | Jeune Maghreb

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s